Parents isolés : article Le Monde

Sonia

Administrateur
Membre de l'équipe
24 Novembre 2006
178 718
36 424
10 810
Après une séparation ou un divorce, nombreux sont les parents isolés à être confrontés à des difficultés financières parfois dramatiques. Le Monde.fr a recueilli les témoignages de ces familles monoparentales qui souffrent autant de la précarité matérielle que de la solitude et du regard de la société.

  • "Les charges restent les mêmes" par Béa P.
Je suis seule depuis 2005 avec mes filles, âgées actuellement de 12 et 15 ans. Effectivement, une séparation entraîne une diminution de moitié des ressources, avec des charges qui restent les mêmes, ce qui veut dire : dossier de surendettement, travail en dehors des heures de bureau, "non" aux envies des enfants, moins de sorties, d'activités pour se détendre, et moins d'occasions de rencontrer une chance de refaire sa vie.
Malgré tout, il faut essayer de garder le moral pour les enfants, car ils n'ont pas à subir les conséquences de cette séparation, et supporter notre tristesse.

  • "Pas question de penser aux vacances" par Marie-France B.
Je vis seule avec ma fille depuis sa naissance. A 14 ans, elle a des besoins plus importants aujourd'hui que quand elle était plus petite : vêtements, téléphone portable, ordinateur pour ses études. Je vis avec 579 euros par mois et c'est très difficile à gérer. Je suis au RMI, et une fois le loyer payé, l'électricité, Internet, le portable de ma fille, il reste à peine de quoi manger. Je ne fais qu'un repas par jour, je vais cueillir mes légumes chez un maraîcher et je cuisine beaucoup, ça revient moins cher, ma fille mange bien et le midi, elle déjeune au collège.
Nous n'avons plus guère de plaisirs comme le cinéma ou le sport, plus de sorties comme le restaurant, et bien sûr pas question de penser aux vacances. J'ai des dettes de loyer et je ne sais pas comment je vais pouvoir m'en sortir.

  • "Je suis devenu un cas social" par Fabienne W.
En 2002, à 29 ans et avec une fille de 5 ans, je fais des études de biologie en alternance et je travaille à plein temps dans une boulangerie pour un salaire de 1 076 euros net par mois. Cette année-là, je décide de me séparer, en très bons termes, de mon mari. Je n'ai pas de pension alimentaire, mon ex-mari étant invalide, avec très peu de revenus.
En 2011, je ne regrette pas mes choix, mais il est évident que de se retrouver seule avec sa fille engendre un tas de tracas, de désagréments, d'angoisses, de jugements au quotidien. Je suis devenue un cas social. Déjà trouver un logement relève du parcours du combattant : seule, au smic, étudiante de surcroît, sans caution. J'ai été obligée de demander de l'argent à ma sœur.
Pendant mes études, j'ai perdu mon travail et me suis retrouvée avec 786 euros par mois. Les gros problèmes ont commencé à cette période : les factures se sont accumulées, j'ai reçu des courriers menaçants, vu débarquer les huissiers. Avec toujours l'obligation de se justifier, et le sentiment d'être méprisée. Ce sentiment de honte m'a habitée pendant longtemps.

  • "Mon enfant dort dans un placard réaménagé" par Sylvie J.
Seule avec mon enfant, son père ne me verse pas un centime et je ne touche que 80 euros mensuels de la CAF du fait de mon statut de mère célibataire. Malgré une recherche active d'emploi et de bonnes qualifications (niveau bac + 3 et plusieurs années d'expérience), je passe peu d'entretiens. Et quand on travaille en intérim, il faut savoir que nous n'avons pas droit aux jours de congés pour enfant malade. C'est donc ça en moins sur la fiche de paie, et cela peut nous être reproché par le recruteur.
Je vis dans un logement vieillot et très petit, mon enfant n'a pas de chambre et dort dans un grand placard réaménagé. Dans trois mois je ne toucherai plus le chômage et serai au RSA avec d'énormes crédits que je devrai faire rééchelonner. L'assistante sociale ne me prend pas en charge car je touche encore les allocations chômage. Et le moindre incident, une voiture volée par exemple, comme cela m'est arrivé, peut être une catastrophe.

  • "On forme une petite tribu" Kim B.
Quand on est parent isolé, on nous fait constamment comprendre que nous ne sommes "pas assez". Pas assez bon parent, assez bon employé, assez bon ami ou amant. La réalité est que souvent nous assumons le double de ce que font les autres et méritons un peu de reconnaissance. J'ai deux métiers, hautement qualifiés, dans lesquels j'ai dû me battre pour me forger une réputation d'excellence. Je reste toujours sous-payée par rapport aux collègues masculins, et dans le passé j'ai subi des pressions pour exécuter des tâches non-rémunérées, parce que je devais "penser à mes enfants".
En dépit du dédain des autres, mes deux enfants sont aujourd'hui intrépides, lucides et heureux. Mon fils fait une année de formation en musique classique asiatique au Japon, et ma fille a réussi ses études d'avocate aux Etats-Unis. Avec comme seule aide leur propre sens de l'initiative. Il est important de rappeler à ses enfants qu'ensemble on forme une petite tribu dans laquelle chacun a son rôle à jouer.

  • "Si c'était à refaire, j'y réfléchirais à deux fois" par B. L.
Etre mère célibataire, c'est avoir la charge de tout, non seulement financièrement mais aussi moralement. Et ce, même si son père le prend régulièrement. C'est l'angoisse des maladies à gérer seule, la scolarité à surveiller, l'éducation à assurer, être à la fois la douceur et l'autorité. C'est la pension alimentaire impossible à récupérer car je ne sais pas où travaille son père.
Et surtout, c'est affronter le regard de la société (école, médecins, famille) qui vous renvoie à vos responsabilités en oubliant toujours qu'on a été deux à concevoir l'enfant. Avoir un enfant à charge seule, c'est un frein pour une carrière, un frein pour changer de logement, un frein pour refaire sa vie. Mais malgré tous ces problèmes, nous devrions être tellement heureuse et épanouie d'avoir un enfant. Oui j'aime mon fils plus que tout au monde, mais si les dix années que je viens de vivre étaient à refaire, j'y réfléchirais à deux fois avant de m'engager dans cette "merveilleuse aventure humaine", ne serait-ce que par désir de lui offrir une vie meilleure.

  • "La dégradation de notre mode de vie est quasiment irréversible" par Emmanuelle M.
Notre vie est une survie. Un adulte peut s'en satisfaire mais comment des enfants peuvent se projeter et envisager un avenir plus radieux ? Je suis obligée de saisir tout emploi et souvent les plus précaires. Je paie mes factures en priorité donc je n'ai plus de vie culturelle, de vacances, tout ce qui rend la vie jolie. Le moindre retard de paiement des Assedic, de la CAF ou de la Sécurité sociale est un drame. Un tiers de mes revenus s'évapore dans les courses alimentaires et les deux tiers sont avalés par le remboursement d'un prêt immobilier et les charges d'eau et d'électricité.
Même les dépenses médicales sont régulièrement revues à la baisse. Alors que je viens d'un foyer très modeste, je n'ai pas souffert des coupes claires auxquelles je suis contrainte de soumettre mes enfants. Le problème du passage au statut de mère isolée est qu'il est abrupt et exige de parer au plus pressé. De ce fait, il faut bricoler des solutions et à long terme, je me rends compte que la dégradation de notre mode de vie est quasiment irréversible. Pire, les plus jeunes de mes enfants sont marqués par ce passage à un statut de fragilité sociale et se voient comme "inférieurs" par rapport à leurs pairs.

  • "La société d'aujourd'hui n'est pas adaptée aux familles d'aujourd'hui" par Solange B.
Il est en effet compliqué de vivre seul avec un enfant, que l'on soit papa ou maman solo. Pour ma part, je me suis retrouvée seule au début de ma grossesse, mon choix a été de garder mon enfant, j'ai repris très rapidement mon travail et me suis aperçue qu'il était difficile de mener carrière et vie de famille. Mon fils n'ayant pas à subir mes horaires, j'ai décidé de changer de profession. Lorsqu'il est entré en maternelle, après un an de chômage, j'ai enfin retrouvé une activité avec des horaires plus adaptés.
Travail précaire, logement précaire, voilà notre quotidien. Des absences répétées dues aux diverses maladies de mon fils ont eu raison de mon travail, et je viens d'être congédiée. La société d'aujourd'hui n'est pas adaptée aux familles d'aujourd'hui. Il nous faut sans cesse jongler avec les aléas du quotidien lorsque comme moi vous gagnez le smic, avec un loyer de 450 euros hors charges. Une fois les factures payées, il reste souvent moins de 100 euros.

  • "Un sentiment chronique d'insécurité financière" par Nicole M.
J'ai toujours été "monoparentale", n'ayant jamais réellement vécu en couple et élevant néanmoins deux enfants. Fonctionnaire de catégorie A, je ne suis évidemment pas parmi les plus défavorisés. Au prix de quelques sacrifices (les vacances, les vêtements pour l'aînée, les sorties...), j'ai pu récemment acheter une maison assez grande pour mes deux ados. C'était une vieille ambition, que je réalise seulement à la cinquantaine bien entamée.
Le fait d'être seule et de n'avoir que mon salaire me donne pourtant un sentiment chronique, mais écrasant, d'insécurité financière : il suffirait de si peu pour que tout se casse la figure... Et, bien sûr, l'organisation de la vie quotidienne repose sur moi seule. C'est lourd.

  • "Crèche-métro-boulot-dodo" par Philippine
J'ai été "famille monoparentale" pendant quelques mois, lors d'une rupture qui a heureusement été brève. J'ai eu de la chance, par rapport à d'autres : j'ai un salaire pas énorme mais qui m'a permis de retrouver rapidement un logement (en passant toutefois d'un trois-pièces à un studio) et j'ai reçu une aide matérielle, financière et morale de ma famille, mes amis et mes collègues.
Elever un enfant tout seul, c'est une galère. Ma vie se résumait à "crèche-métro-boulot-dodo". Je jonglais pour faire les courses, les lessives et le ménage les rares fois où le papa avait la garde de mon enfant. Je ne parle même pas de sortir, d'avoir une vie d'adulte. J'ai dû me remeubler à moindre coût : récup', dons, occasions... Quand on n'a pas d'argent, cela prend du temps de dénicher ce dont on a besoin. Or, du temps, on n'en a pas quand on est seul avec un petit.
Il faut se débrouiller, se renseigner. La CAF a été très réactive par exemple, j'ai pu toucher rapidement l'allocation de parent isolé. Après coup, j'en garde l'impression d'une période où je passais mon temps à courir, où le moindre imprévu était une catastrophe. Une période sur le fil du rasoir. Et puis j'ai un souvenir de solitude, malgré les coups de téléphone des uns et des autres, la présence de mes amis, de mes parents. Tout n'était pas noir, non, mais c'était difficile, et j'admire maintenant les mamans ou les papas qui sont seuls avec leur(s) enfant(s), parce que ce n'est pas évident de tenir le coup.

  • "Je suis au bout, je n'ai plus aucune réserve" par Michel R.
Papa en résidence alternée une semaine sur deux depuis trois ans, le divorce sera prononcé le 20 janvier. Ayant souhaité que mon ex-épouse s'en sorte bien, j'ai de moi-même proposé de lui verser 450 euros mensuels et j'ai proposé de prendre à ma charge les dettes qui nous restaient, soit environ 7 500 euros. Malheureusement, je n'ai pas pensé à moi, au loyer de mon nouveau logement, aux frais de notaire, au mobilier pour mes enfants...
Par la suite, l'accumulation des frais d'avocat, l'achat d'un véhicule d'occasion, les crédits renouvelables pour boucler les fins de mois font qu'aujourd'hui, j'en suis à 32 000 euros de dettes. Bien que je gagne correctement ma vie, il me reste 450 euros pour la nourriture, les vêtements et l'essence. Jusqu'à présent, j'arrive à payer mais je sais que je suis au bout, je n'ai plus aucune réserve. Mon dossier de surendettement a été refusé, justement parce que je suis un bon payeur. Je me suis endetté pour mes enfants et je ne regrette rien. Ils vont bien, sont équilibrés mais mon ex-femme veut désormais la garde exclusive, rien que pour l'argent. Si la décision est confirmée, je démissionnerai car je ne veux pas payer le reste de ma vie et ne plus vivre décemment.

  • "Mes parents nous nourrissent tous les midis" par Leslie S.
Ma fille de 7 ans et moi formons une famille monoparentale. Depuis ma séparation d'avec mon mari, ma situation financière s'est dégradée. Les mois sont difficiles à partir du 5 : une fois payés le loyer, le crédit de la voiture, la mutuelle, les assurances, il ne reste plus grand-chose sur le compte, malgré un salaire moyen et la pension de mon ex-mari. Pour faire des économies, je me suis rapprochée de mes parents, c'est mon père retraité qui garde ma fille "bénévolement" et mes parents nous nourrissent tous les midis.
Tout récemment j'ai contracté un crédit à ma banque pour rembourser divers crédits en cours, pour une durée plus longue mais avec des mensualités moins importantes. Je relativise car ma fille et moi avons un toit, mangeons à notre faim, avons ce qu'il faut pour vivre mais c'est fatiguant.

  • "C'est dur de dire non aux enfants" par Sandrine B.
Voilà quatre ans que mon mari est décédé et que je suis seule avec mes deux enfants. Bien que je possède une maison, je dois faire face à de nombreux frais et j'ai du mal à joindre les deux bouts. Je suis assistante maternelle, mes enfants ont 10 et 13 ans et arrivent à un âge où ils me sollicitent beaucoup (portable, vêtements de marque). Mais tout ceci leur est refusé, je n'ai même pas pu leur offrir de cadeaux à Noël. Je fais en plus des petits boulots pour arrondir les fins de mois. Je n'ai pas de pension alimentaire, juste une petite pension de reversion (330 euros tous les 3 mois). Je ne peux compter sur personne, de nombreux amis et la belle famille m'ont vite perdue de vue, et certains ne comprennent pas la situation. Je suis en contentieux avec ma banque, qui pourtant s'est montrée assez compréhensive jusqu'à maintenant.
Mais gérer son budget sans carte bleue ni chéquier demande de la rigueur. J'essaie de faire attention, mais c'est dur de dire non aux enfants. Je pense être un peu mieux lotie que d'autres mamans. Mais une famille monoparentale est vite montrée du doigt et mise à l'écart dans notre société.

  • "Nous vivons largement en dessous du seuil de pauvreté"par Marie C.
J'ai 28 ans et je vis avec mon petit garçon âgé de 4 ans, je suis séparé de son père depuis trois ans et celui-ci ne bénéficie pas du droit de visite, ni ne verse de pension alimentaire. Nous vivons dans un deux-pièces, j'ai aménagé un coin lit pour moi dans le salon afin de laisser la chambre à mon fils. Depuis l'année dernière, j'ai repris mes études car j'en avais assez des petits boulots et préférais avoir des difficultés financières durant deux ans et pouvoir décrocher un travail stable par la suite.
Nous vivons largement en dessous du seuil de pauvreté, mais heureusement ma famille nous soutient financièrement, et m'aide dans l'organisation de la vie quotidienne (garde le mercredi et vacances scolaires). Cependant je n'ai jamais regretté le choix de quitter le père de mon fils, car la vie à ses côtés était impossible et ma liberté n'a pas de prix. Je regrette cette stigmatisation des familles monoparentales, je pense qu'il vaut mieux offrir un environnement sain à un enfant que lui faire subir les conflits de ses parents.
Le Monde.fr
 
Hello

En effet comme tu le dis Mouton, c'est bien triste et c'est une réalité fort effrayante.
Tout augmente , la vie est chère et les fins de mois sont difficiles à boucler pour énormement de famille :cry:
Et le pire c'est qu'il y a encore pire que ca :!:
Des fois je me demande comment vivront nos enfants lorsqu'ils atteindront l'age adulte :shock: