Après une séparation ou un divorce, nombreux sont les parents isolés à être confrontés à des difficultés financières parfois dramatiques. Le Monde.fr a recueilli les témoignages de ces familles monoparentales qui souffrent autant de la précarité matérielle que de la solitude et du regard de la société.
Malgré tout, il faut essayer de garder le moral pour les enfants, car ils n'ont pas à subir les conséquences de cette séparation, et supporter notre tristesse.
Nous n'avons plus guère de plaisirs comme le cinéma ou le sport, plus de sorties comme le restaurant, et bien sûr pas question de penser aux vacances. J'ai des dettes de loyer et je ne sais pas comment je vais pouvoir m'en sortir.
En 2011, je ne regrette pas mes choix, mais il est évident que de se retrouver seule avec sa fille engendre un tas de tracas, de désagréments, d'angoisses, de jugements au quotidien. Je suis devenue un cas social. Déjà trouver un logement relève du parcours du combattant : seule, au smic, étudiante de surcroît, sans caution. J'ai été obligée de demander de l'argent à ma sœur.
Pendant mes études, j'ai perdu mon travail et me suis retrouvée avec 786 euros par mois. Les gros problèmes ont commencé à cette période : les factures se sont accumulées, j'ai reçu des courriers menaçants, vu débarquer les huissiers. Avec toujours l'obligation de se justifier, et le sentiment d'être méprisée. Ce sentiment de honte m'a habitée pendant longtemps.
Je vis dans un logement vieillot et très petit, mon enfant n'a pas de chambre et dort dans un grand placard réaménagé. Dans trois mois je ne toucherai plus le chômage et serai au RSA avec d'énormes crédits que je devrai faire rééchelonner. L'assistante sociale ne me prend pas en charge car je touche encore les allocations chômage. Et le moindre incident, une voiture volée par exemple, comme cela m'est arrivé, peut être une catastrophe.
En dépit du dédain des autres, mes deux enfants sont aujourd'hui intrépides, lucides et heureux. Mon fils fait une année de formation en musique classique asiatique au Japon, et ma fille a réussi ses études d'avocate aux Etats-Unis. Avec comme seule aide leur propre sens de l'initiative. Il est important de rappeler à ses enfants qu'ensemble on forme une petite tribu dans laquelle chacun a son rôle à jouer.
Et surtout, c'est affronter le regard de la société (école, médecins, famille) qui vous renvoie à vos responsabilités en oubliant toujours qu'on a été deux à concevoir l'enfant. Avoir un enfant à charge seule, c'est un frein pour une carrière, un frein pour changer de logement, un frein pour refaire sa vie. Mais malgré tous ces problèmes, nous devrions être tellement heureuse et épanouie d'avoir un enfant. Oui j'aime mon fils plus que tout au monde, mais si les dix années que je viens de vivre étaient à refaire, j'y réfléchirais à deux fois avant de m'engager dans cette "merveilleuse aventure humaine", ne serait-ce que par désir de lui offrir une vie meilleure.
Même les dépenses médicales sont régulièrement revues à la baisse. Alors que je viens d'un foyer très modeste, je n'ai pas souffert des coupes claires auxquelles je suis contrainte de soumettre mes enfants. Le problème du passage au statut de mère isolée est qu'il est abrupt et exige de parer au plus pressé. De ce fait, il faut bricoler des solutions et à long terme, je me rends compte que la dégradation de notre mode de vie est quasiment irréversible. Pire, les plus jeunes de mes enfants sont marqués par ce passage à un statut de fragilité sociale et se voient comme "inférieurs" par rapport à leurs pairs.
Travail précaire, logement précaire, voilà notre quotidien. Des absences répétées dues aux diverses maladies de mon fils ont eu raison de mon travail, et je viens d'être congédiée. La société d'aujourd'hui n'est pas adaptée aux familles d'aujourd'hui. Il nous faut sans cesse jongler avec les aléas du quotidien lorsque comme moi vous gagnez le smic, avec un loyer de 450 euros hors charges. Une fois les factures payées, il reste souvent moins de 100 euros.
Le fait d'être seule et de n'avoir que mon salaire me donne pourtant un sentiment chronique, mais écrasant, d'insécurité financière : il suffirait de si peu pour que tout se casse la figure... Et, bien sûr, l'organisation de la vie quotidienne repose sur moi seule. C'est lourd.
Elever un enfant tout seul, c'est une galère. Ma vie se résumait à "crèche-métro-boulot-dodo". Je jonglais pour faire les courses, les lessives et le ménage les rares fois où le papa avait la garde de mon enfant. Je ne parle même pas de sortir, d'avoir une vie d'adulte. J'ai dû me remeubler à moindre coût : récup', dons, occasions... Quand on n'a pas d'argent, cela prend du temps de dénicher ce dont on a besoin. Or, du temps, on n'en a pas quand on est seul avec un petit.
Il faut se débrouiller, se renseigner. La CAF a été très réactive par exemple, j'ai pu toucher rapidement l'allocation de parent isolé. Après coup, j'en garde l'impression d'une période où je passais mon temps à courir, où le moindre imprévu était une catastrophe. Une période sur le fil du rasoir. Et puis j'ai un souvenir de solitude, malgré les coups de téléphone des uns et des autres, la présence de mes amis, de mes parents. Tout n'était pas noir, non, mais c'était difficile, et j'admire maintenant les mamans ou les papas qui sont seuls avec leur(s) enfant(s), parce que ce n'est pas évident de tenir le coup.
Par la suite, l'accumulation des frais d'avocat, l'achat d'un véhicule d'occasion, les crédits renouvelables pour boucler les fins de mois font qu'aujourd'hui, j'en suis à 32 000 euros de dettes. Bien que je gagne correctement ma vie, il me reste 450 euros pour la nourriture, les vêtements et l'essence. Jusqu'à présent, j'arrive à payer mais je sais que je suis au bout, je n'ai plus aucune réserve. Mon dossier de surendettement a été refusé, justement parce que je suis un bon payeur. Je me suis endetté pour mes enfants et je ne regrette rien. Ils vont bien, sont équilibrés mais mon ex-femme veut désormais la garde exclusive, rien que pour l'argent. Si la décision est confirmée, je démissionnerai car je ne veux pas payer le reste de ma vie et ne plus vivre décemment.
Tout récemment j'ai contracté un crédit à ma banque pour rembourser divers crédits en cours, pour une durée plus longue mais avec des mensualités moins importantes. Je relativise car ma fille et moi avons un toit, mangeons à notre faim, avons ce qu'il faut pour vivre mais c'est fatiguant.
Mais gérer son budget sans carte bleue ni chéquier demande de la rigueur. J'essaie de faire attention, mais c'est dur de dire non aux enfants. Je pense être un peu mieux lotie que d'autres mamans. Mais une famille monoparentale est vite montrée du doigt et mise à l'écart dans notre société.
Nous vivons largement en dessous du seuil de pauvreté, mais heureusement ma famille nous soutient financièrement, et m'aide dans l'organisation de la vie quotidienne (garde le mercredi et vacances scolaires). Cependant je n'ai jamais regretté le choix de quitter le père de mon fils, car la vie à ses côtés était impossible et ma liberté n'a pas de prix. Je regrette cette stigmatisation des familles monoparentales, je pense qu'il vaut mieux offrir un environnement sain à un enfant que lui faire subir les conflits de ses parents.
Le Monde.fr
- "Les charges restent les mêmes" par Béa P.
Malgré tout, il faut essayer de garder le moral pour les enfants, car ils n'ont pas à subir les conséquences de cette séparation, et supporter notre tristesse.
- "Pas question de penser aux vacances" par Marie-France B.
Nous n'avons plus guère de plaisirs comme le cinéma ou le sport, plus de sorties comme le restaurant, et bien sûr pas question de penser aux vacances. J'ai des dettes de loyer et je ne sais pas comment je vais pouvoir m'en sortir.
- "Je suis devenu un cas social" par Fabienne W.
En 2011, je ne regrette pas mes choix, mais il est évident que de se retrouver seule avec sa fille engendre un tas de tracas, de désagréments, d'angoisses, de jugements au quotidien. Je suis devenue un cas social. Déjà trouver un logement relève du parcours du combattant : seule, au smic, étudiante de surcroît, sans caution. J'ai été obligée de demander de l'argent à ma sœur.
Pendant mes études, j'ai perdu mon travail et me suis retrouvée avec 786 euros par mois. Les gros problèmes ont commencé à cette période : les factures se sont accumulées, j'ai reçu des courriers menaçants, vu débarquer les huissiers. Avec toujours l'obligation de se justifier, et le sentiment d'être méprisée. Ce sentiment de honte m'a habitée pendant longtemps.
- "Mon enfant dort dans un placard réaménagé" par Sylvie J.
Je vis dans un logement vieillot et très petit, mon enfant n'a pas de chambre et dort dans un grand placard réaménagé. Dans trois mois je ne toucherai plus le chômage et serai au RSA avec d'énormes crédits que je devrai faire rééchelonner. L'assistante sociale ne me prend pas en charge car je touche encore les allocations chômage. Et le moindre incident, une voiture volée par exemple, comme cela m'est arrivé, peut être une catastrophe.
- "On forme une petite tribu" Kim B.
En dépit du dédain des autres, mes deux enfants sont aujourd'hui intrépides, lucides et heureux. Mon fils fait une année de formation en musique classique asiatique au Japon, et ma fille a réussi ses études d'avocate aux Etats-Unis. Avec comme seule aide leur propre sens de l'initiative. Il est important de rappeler à ses enfants qu'ensemble on forme une petite tribu dans laquelle chacun a son rôle à jouer.
- "Si c'était à refaire, j'y réfléchirais à deux fois" par B. L.
Et surtout, c'est affronter le regard de la société (école, médecins, famille) qui vous renvoie à vos responsabilités en oubliant toujours qu'on a été deux à concevoir l'enfant. Avoir un enfant à charge seule, c'est un frein pour une carrière, un frein pour changer de logement, un frein pour refaire sa vie. Mais malgré tous ces problèmes, nous devrions être tellement heureuse et épanouie d'avoir un enfant. Oui j'aime mon fils plus que tout au monde, mais si les dix années que je viens de vivre étaient à refaire, j'y réfléchirais à deux fois avant de m'engager dans cette "merveilleuse aventure humaine", ne serait-ce que par désir de lui offrir une vie meilleure.
- "La dégradation de notre mode de vie est quasiment irréversible" par Emmanuelle M.
Même les dépenses médicales sont régulièrement revues à la baisse. Alors que je viens d'un foyer très modeste, je n'ai pas souffert des coupes claires auxquelles je suis contrainte de soumettre mes enfants. Le problème du passage au statut de mère isolée est qu'il est abrupt et exige de parer au plus pressé. De ce fait, il faut bricoler des solutions et à long terme, je me rends compte que la dégradation de notre mode de vie est quasiment irréversible. Pire, les plus jeunes de mes enfants sont marqués par ce passage à un statut de fragilité sociale et se voient comme "inférieurs" par rapport à leurs pairs.
- "La société d'aujourd'hui n'est pas adaptée aux familles d'aujourd'hui" par Solange B.
Travail précaire, logement précaire, voilà notre quotidien. Des absences répétées dues aux diverses maladies de mon fils ont eu raison de mon travail, et je viens d'être congédiée. La société d'aujourd'hui n'est pas adaptée aux familles d'aujourd'hui. Il nous faut sans cesse jongler avec les aléas du quotidien lorsque comme moi vous gagnez le smic, avec un loyer de 450 euros hors charges. Une fois les factures payées, il reste souvent moins de 100 euros.
- "Un sentiment chronique d'insécurité financière" par Nicole M.
Le fait d'être seule et de n'avoir que mon salaire me donne pourtant un sentiment chronique, mais écrasant, d'insécurité financière : il suffirait de si peu pour que tout se casse la figure... Et, bien sûr, l'organisation de la vie quotidienne repose sur moi seule. C'est lourd.
- "Crèche-métro-boulot-dodo" par Philippine
Elever un enfant tout seul, c'est une galère. Ma vie se résumait à "crèche-métro-boulot-dodo". Je jonglais pour faire les courses, les lessives et le ménage les rares fois où le papa avait la garde de mon enfant. Je ne parle même pas de sortir, d'avoir une vie d'adulte. J'ai dû me remeubler à moindre coût : récup', dons, occasions... Quand on n'a pas d'argent, cela prend du temps de dénicher ce dont on a besoin. Or, du temps, on n'en a pas quand on est seul avec un petit.
Il faut se débrouiller, se renseigner. La CAF a été très réactive par exemple, j'ai pu toucher rapidement l'allocation de parent isolé. Après coup, j'en garde l'impression d'une période où je passais mon temps à courir, où le moindre imprévu était une catastrophe. Une période sur le fil du rasoir. Et puis j'ai un souvenir de solitude, malgré les coups de téléphone des uns et des autres, la présence de mes amis, de mes parents. Tout n'était pas noir, non, mais c'était difficile, et j'admire maintenant les mamans ou les papas qui sont seuls avec leur(s) enfant(s), parce que ce n'est pas évident de tenir le coup.
- "Je suis au bout, je n'ai plus aucune réserve" par Michel R.
Par la suite, l'accumulation des frais d'avocat, l'achat d'un véhicule d'occasion, les crédits renouvelables pour boucler les fins de mois font qu'aujourd'hui, j'en suis à 32 000 euros de dettes. Bien que je gagne correctement ma vie, il me reste 450 euros pour la nourriture, les vêtements et l'essence. Jusqu'à présent, j'arrive à payer mais je sais que je suis au bout, je n'ai plus aucune réserve. Mon dossier de surendettement a été refusé, justement parce que je suis un bon payeur. Je me suis endetté pour mes enfants et je ne regrette rien. Ils vont bien, sont équilibrés mais mon ex-femme veut désormais la garde exclusive, rien que pour l'argent. Si la décision est confirmée, je démissionnerai car je ne veux pas payer le reste de ma vie et ne plus vivre décemment.
- "Mes parents nous nourrissent tous les midis" par Leslie S.
Tout récemment j'ai contracté un crédit à ma banque pour rembourser divers crédits en cours, pour une durée plus longue mais avec des mensualités moins importantes. Je relativise car ma fille et moi avons un toit, mangeons à notre faim, avons ce qu'il faut pour vivre mais c'est fatiguant.
- "C'est dur de dire non aux enfants" par Sandrine B.
Mais gérer son budget sans carte bleue ni chéquier demande de la rigueur. J'essaie de faire attention, mais c'est dur de dire non aux enfants. Je pense être un peu mieux lotie que d'autres mamans. Mais une famille monoparentale est vite montrée du doigt et mise à l'écart dans notre société.
- "Nous vivons largement en dessous du seuil de pauvreté"par Marie C.
Nous vivons largement en dessous du seuil de pauvreté, mais heureusement ma famille nous soutient financièrement, et m'aide dans l'organisation de la vie quotidienne (garde le mercredi et vacances scolaires). Cependant je n'ai jamais regretté le choix de quitter le père de mon fils, car la vie à ses côtés était impossible et ma liberté n'a pas de prix. Je regrette cette stigmatisation des familles monoparentales, je pense qu'il vaut mieux offrir un environnement sain à un enfant que lui faire subir les conflits de ses parents.
Le Monde.fr